Anne Hidalgo part guerre contre la pollution de l’air en ville

En suffragette des grandes cités et de l’air pur, la maire de Paris propose la création « d’un observatoire des villes » et ne veut pas de passe-droit pour le diesel.

La Cour de justice de l’Union européenne a reçu lundi un recours déposé par la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui veut faire annuler une récente décision de la Commission européenne. Celle-ci prévoit en effet d’accorder un délai technique aux constructeurs afin de s’adapter industriellement à des règles antipollution de plus en plus draconiennes.Ne regardant qu’un tableau de normes et décidant de les appliquer sans savoir quelle réalité elles recouvrent, la maire de Paris ne veut pas d’aménagement de calendrier et que les constructeurs se plient, coûte que coûte, aux seuils technocratiques d’émissions polluantes décidés par Bruxelles.

Contactée par l’AFP, la cour a confirmé qu’un recours en annulation, accompagné d’une demande d’indemnités, avait été déposé lundi. Elle précise au passage que seule la Mairie de Paris s’est portée requérante ce qui dénote, semaine après semaine, le rôle de Don Quichotte en jupons d’une cause gagnée d’avance. Mais non contente, Mme Hidalgo veut en précipiter le calendrier dans la méconnaissance totale de ce que cela implique lorsqu’il s’agit de sortir des centaines de moteurs par jour et de les adapter à chacune des voitures qu’ils équipent.

Appareil industriel peu réversible

La cause est donc recevable, mais quelque peu inadmissible dans sa tournure et son intransigeance affichée. Entre un trait de plume en bas d’un document et une réorganisation de production lourde de conséquences sur l’ensemble d’un appareil industriel par nature peu réversible, il y a plus qu’une nuance que Mme Hidalgo, au nom de sa mission de suffragette de la cause, a allègrement enfourchée sur sa Rossinante écologique. Il y a aussi les décisions, controversées, de l’interdiction dans la capitale au 1er juillet des véhicules les plus polluants ou, à la rentrée, la fermeture aux voitures des voies sur berges rive droite.

Pourtant, en annonçant son initiative en mai, Mme Hidalgo avait invité 19 autres villes européennes à se joindre à sa démarche. Celles-ci, dont Madrid, Athènes, Milan, Stockholm, Vienne ou Amsterdam, avaient signé avec Paris une pétition contre la décision de Bruxelles d’accorder un «  permis de polluer  » en augmentant de 110 % les seuils autorisés d’émissions d’oxydes d’azote (NOx, surtout émis par le diesel). Mais aucune de ces villes ne s’est jointe pour le moment à la démarche de Mme Hidalgo. Le cabinet de Mme Hidalgo assure cependant que Bruxelles, Copenhague et Madrid devraient la rejoindre en déposant à leur tour un recours «  dans les jours qui viennent  » auprès de la cour, basée à Luxembourg.

Observer les villes

Puisqu’il s’agit d’étayer des jugements dont on pensait que tout avait été déjà fait jusque-là pour cela, on apprend avec stupeur que la maire de Paris a proposé la création d’une énième structure d’études, un «  Observatoire des villes  » dédié à la pollution de l’air. Celui-ci, à créer à l’échelle internationale, semble aux yeux de Mme Hidalgo indispensable et elle évoque un «  impératif de santé publique  » et une «  urgence à agir  ». Comme si les structures de ce type n’existaient pas, à la façon d’Airparif dans la capitale française.

Mme Hidalgo a donc, sans rire, proposé la création de cette instance supranationale qui recueillerait ainsi les données permettant d’impulser des actions concertées contre la pollution atmosphérique. Elle l’a fait à l’occasion de la conférence «  Cities for Air  » organisée par la Ville de Paris et la Métropole du Grand Paris (MGP). Des représentants de villes comme Athènes, Tokyo, Pékin, Montréal, Varsovie, Londres, Bruxelles et Lubljana participaient ainsi à la journée de débats «  Qualité de l’air, Métropoles en action  » qui se tenait en collaboration avec l’OMS (Organisation mondiale de la santé), a rappelé Patrick Ollier, président de la MGP.

Ici et maintenant

«  Lorsqu’on pose des données objectives, lorsque les scientifiques et les experts, lorsque des organisations internationales comme l’OMS, l’ONU, nous disent qu’il faut changer, avancer et accélérer dans ces changements de mode de vie, nous, élus, devons être présents à leurs côtés  », a lancé la maire de Paris. Mme Hidalgo a rappelé que la pollution de l’air tuait 48 000 personnes par an en France, «  environ 2 500 à Paris et 6 600 pour la métropole du grand Paris  ». «  Il est absolument temps d’agir. Il y a une urgence écologique, un impératif de santé publique  », a ajouté Mme Hidalgo et «  ce n’est pas demain et ailleurs, mais ici et maintenant  ».

«  Prendre des mesures contre la pollution, ce n’est pas réduire la mobilité, cela veut dire une mobilité autrement qu’avec des véhicules polluants individuels, qu’avec des véhicules diesel, cela veut dire investir dans les transports collectifs, les technologies de mobilité moins polluantes, non polluantes  », a-t-elle ajouté. Mme Hidalgo répliquait ainsi à la majorité de droite de la MGP qui, à l’initiative des Républicains, a demandé un moratoire sur le projet de fermeture des voies sur berges.

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