Centrale nucléaire : le projet Hinkley Point est source d’inquiétude

Pékin « ne peut pas tolérer » les accusations selon lesquelles l’investissement chinois dans une centrale nucléaire au Royaume-Uni à Hinkley Point, pourrait menacer la sécurité britannique, a fulminé un média d’État, s’agaçant du report inattendu par Londres de sa décision sur ce colossal projet.

Et lors d’une audience ce mardi, la juge des référés a annoncé qu’elle se prononcera vendredi sur le recours du comité central d’entreprise (CCE) d’EDF visant à suspendre la délibération du conseil d’administration de l’électricien public avalisant le projet géant de construire deux réacteurs EPR.

Le géant étatique du nucléaire chinois CGN supporte un tiers du financement du projet controversé de construction par l’énergéticien français EDF de deux réacteurs EPR à Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre). Or, à peine le conseil d’administration d’EDF venait-il d’approuver la semaine dernière le lancement de la construction, que le nouveau gouvernement britannique de Theresa May annonçait, à la surprise générale, se donner plus de temps pour « examiner avec soin » le projet. Le ministre britannique des Entreprise et de l’Énergie, Greg Clark, a précisé que Londres ne rendrait pas sa décision finale avant le début de l’automne, repoussant d’autant la signature des contrats définitifs qui lieront EDF au gouvernement britannique, à son partenaire chinois CGN et à leurs fournisseurs.

Les relations sino-britanniques sous tension

Ce nouveau délai « ajoute des incertitudes » et met à mal « l »Âge d’or’ des relations entre la Chine et le Royaume-Uni », s’est indigné dans un commentaire l’agence officielle Chine nouvelle – souvent chargée de communiquer l’exaspération des autorités. Dans ces conditions, les futurs investissements chinois en Grande-Bretagne pourraient être menacés de suspension jusqu’à ce que l’accord nucléaire soit conclu en bonne et due forme, a-t-il prévenu. Surtout, les inquiétudes exprimées par les médias et responsables britanniques sur la possible introduction par la Chine d’un « accès dissimulé » durant la construction de centrale pour contrôler ensuite l’infrastructure, « n’a absolument aucun fondement et relève de la science-fiction », a martelé l’agence étatique. De fait, si les critiques se sont multipliées au Royaume-Uni contre les coûts colossaux et le bien-fondé d’Hinkley Point, l’implication de CGN semble également mal passer aussi auprès du gouvernement de Theresa May.

L’influent co-directeur de cabinet de la Première ministre s’était ainsi déjà fait connaître pour son hostilité à la présence chinoise dans le nucléaire. « La Chine peut attendre d’un gouvernement britannique raisonnable qu’il prenne des décisions responsables, mais la Chine ne peut tolérer des accusations inopportunes contre sa sincérité et sa bienveillante volonté pour des coopérations mutuellement bénéfiques », s’agace encore le commentaire de l’agence.

Les syndicats satisfaits

Parallèlement à cette polémique qui enfle, les syndicats réunis en comité central d’entreprise (CCE) attendent vendredi avec impatience. « La décision sera rendue le 5 août à 14 heures », a déclaré la juge des référés mardi, au terme d’une audience durant laquelle EDF a contesté sa compétence au profit du tribunal de commerce et par ailleurs estimé la demande du CCE irrecevable. Le conseil d’administration d’EDF avait approuvé, le 28 juillet, le lancement effectif de ce projet controversé, qui représente un investissement de 18 milliards de livres (environ 21,5 milliards d’euros) supporté à un tiers par le groupe chinois CGN.

Pour le CCE, avec ce référé, il s’agissait de défendre « l’accès au juge » de l’instance, EDF ayant décidé de soumettre ce projet controversé au vote des administrateurs sans attendre le résultat, le 22 septembre, d’une autre action en justice du comité pour obtenir des informations supplémentaires sur le projet britannique afin de pouvoir rendre « valablement » un avis. Le groupe énergétique, détenu à près de 85% par l’État français, estime lui avoir clos le 4 juillet la procédure de consultation, l’absence d’avis du CCE valant à ses yeux avis négatif, au demeurant purement consultatif.

Le projet Hinkley Point suscite de fortes inquiétudes au sein de la plupart des syndicats d’EDF, qui ont demandé son report de deux ou trois ans de crainte qu’il ne fragilise la situation financière du groupe français, déjà confronté à d’importants défis financiers comme la rénovation de ses centrales nucléaires françaises. « On demandait de surseoir à la décision irréversible du conseil d’administration d’EDF, le gouvernement britannique l’a fait à notre place : les contrats sont sous scellés », a déclaré le secrétaire du CCE, Jean-Luc Magnaval, en sortant de l’audience, se disant satisfait d' »un délibéré rapide » de la juge des référés.

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