Les tests de toxicité sur les rats seraient biaisés à cause de leur alimentation

C’est un coup de tonnerre dans le monde de l’expérimentation. La nourriture donnée aux rats de laboratoire ne permettrait pas de mener des études de toxicité fiables. Et ce, depuis des années, dit une nouvelle étude du controversé professeur Gilles-Eric Séralini.

Les rats de laboratoire ne seraient pas fiables. Leur régime alimentaire contiendrait d’importantes quantités de contaminants (pesticides, OGM), ce qui pourrait remettre en cause les études de toxicité menées ces dernières années sur les produits chimiques, selon une nouvelle étude signée d’unchercheur controversé.

Dans cette étude, publiée jeudi dans la revue américaine Plos One, le professeur français Gilles-Eric Séralini et des chercheurs de l’université de Caen rapportent avoir trouvé d’importantes contaminations dans les croquettes données aux rats de laboratoire : dans 13 échantillons analysés, ils ont trouvé des traces de 262 pesticides, 4 métaux lourds, 17 dioxines, 18 PCB (polychlorobiphényles) et 22 OGM (organismes génétiquement modifiés). Neuf des 13 échantillons contenaient l’un des pesticides les plus utilisés dans le monde, le glyphosate (commercialisé par Monsanto sous la marque Roundup) et 11 des traces d’OGM.

Les tests sur les produits chimiques invalidés

Quant aux concentrations, elles étaient nettement plus importantes que les doses journalières admissibles dans la nourriture destinée aux humains : 22 fois la dose journalière pour l’insecticide pirimiphos et 3.700 fois celle de glyphosate, « ce qui veut dire que ces nourritures sont très contaminées par les pesticides », a souligné le Pr Séralini.

Les auteurs de l’étude estiment que ces contaminants alimentaires pourraient expliquer le nombre important de tumeurs mammaires ou de l’hypophyse dans les groupes de rats témoins et qu’ils « invalident l’utilisation de données historiques » dans les tests réglementaires réalisés sur les produits chimiques avant leur mise sur le marché. « Les industriels ne voient pas d’effets secondaires (…) parce que les rats de laboratoire (ceux qui sont traités comme ceux qui n’ont pas été traités, Ndlr) sont tous nourris avec des régimes contaminés » relève le Pr Séralini.

Des conclusions excessives, selon d’autres chercheurs

Les résultats de l’étude ont été accueillis avec scepticisme par plusieurs experts indépendants. « Les auteurs ne mesurent pas les effets de l’alimentation sur la santé et il n’est dès lors pas possible de dire si la contamination alimentaire joue un rôle dans les problèmes de santé des rats de laboratoire, comme l’affirment les auteurs » de l’étude, note le Pr Tamara Galloway, de l’Université d’Exeter, qui déplore également que les conclusions aillent « bien au-delà des preuves présentées ». Le Pr Séralini avait déjà suscité une vive controverse avec une précédente étude sur les effets d’un OGM et du pesticide Roundup sur des rats, en 2012. L’étude avait été vivement contestée par Monsanto mais également par l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

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